Echec du Processus de Beauvau sur l'Autonomie : du Rêve au Simulacre

En politique, parfois, une chose n’existe pas moins en tant que telle, en tant que série de mesures, causes et effets, qu’en tant qu’appel à l’esthétique, au plaisir émotionnel qu’une proposition, un discours, un mot procure, indépendamment de ses effets économiques, politiques et sociaux : je pense que le processus d’autonomie qui fut porté jusque-là pour la Corse en fait partie.


Non pas que l’autonomie soit une mauvaise chose, je l’appelle de mes vœux, mais bien que ce processus que l'on a appelé autonomie fut finalement coupé de toute sa substance, de tout son contenu, et que ses derniers soutiens politiques furent finalement moins animés d’un désir d’autonomie pour la Corse que du désir de « l’Autonomie », en tant que mot, en tant que signe, en tant que simulacre à la Baudrillard de l’Autonomie.

Ce texte dont nous pleurons aujourd’hui la mort (par ce coup jacobin de la droite LR contre l’idée de communauté) n’était finalement non pas plus qu’un projet de créer un « super conseil régional » dont les pouvoirs ne s’adapteraient non pas à une communauté, qu’elle soit communauté de destin ou peuple ancestral, mais bien juste au principe insulaire, permettant ainsi insulairement de régler avec plus de pouvoir pour ce simple conseil régional la gestion des déchets peut-être, le transport maritime (c’est important je vous l’accorde aussi) mais pas de question de culture, de langue, de logement, pas ce qui importe aux Corses. Ce qu'on a présenté comme une loi d’autonomie aurait été, en fait, plutôt une loi sur l’insularité méditerranéenne, rien de plus rien de moins. 

Loi détricotée à l’Assemblée nationale par La France insoumise, re-détricotée au Sénat par les Républicains, devenue une lointaine transformation du rêve qui réunissait aussi bien les diverses mouvances nationalistes que les nuances de la droite insulaire avant de mourir de sa belle mort hier soir. L'extrême gauche jacobine d’abord en supprimant l’idée de communauté de sa substance, et la droite jacobine maintenant en supprimant directement le mot même.

Hier, lors des discussions au Sénat, la vieille droite jacobine a donné une excuse aux nationalistes siméonistes de sortir de cette illusion, sortir de cette accolade du mot doux de « processus d’autonomie » que l’on avait accolé bêtement à ce processus qui n’avait plus rien à voir avec les rêves, espoirs et attentes du peuple Corse. 

Non pas que les échecs législatifs du texte par la main droite LR du Sénat soient ce qui permit aux natios de s’en rendre compte (au fond d’eux, ils le savaient dès le passage à l’assemblée) mais car l’obstacle droitier (et avec lui le spectre de la vieille droite antirégionaliste des combats de leurs parents et grands-parents) leur a permis de ne pas se compromettre sur leur compromission d’hier qui fut celle qui enterra l’idée d’autonomie au profit de son inique succédanée que fut cette loi constitutionnelle : l’alliance contre nature avec l’extrême gauche de LFI, pourtant peu corso-compatible, via leur représentant Éric Coquerel, pourtant peu régionaliste, plutôt jacobin, et son terrible amendement n° 111 dont il résumait l’esprit ainsi « est corse quiconque est en Corse, qu’il le soit depuis un jour, comme depuis toujours » rendant ainsi vide de toute substance un processus d’autonomie qui ne le sera ni pour le logement ni pour la langue ni pour quoi que ce soit car la Corse est plus une identité, ce n’est plus un peuple, c’est une propriété émergente toujours en mouvement sans forme ni identité, et ce avec l’assentiment de nos soi-disant « nationalistes » (qui pourtant ont parmi eux des membres de qualité) 

Ainsi les termes de « communauté insulaire » (déjà polémique en soi car niant un peuple déjà un peu) et de « lien » à la terre » dont parlait la loi constitutionnelle et qu’a retirés la droite Larchers du Sénat provoquant le théâtre de l’ire des siméonistes, étaient déjà ce simulacre d’autonomie du fait de l’amendement 111, la suppression de ces simulacres fut seulement ce qui permit politiquement sans perdre la face aux élus de Femu de sortir de ce processus déjà sali par leurs propres mains ayant serré, en vain, celles des représentants de la gauche radicale en compromission de l’humanisme de centre gauche combattant l’antisémitisme que représente pourtant le siméonisme. Il ne faut pas s’imaginer que la majorité nationaliste alors au pouvoir en Corse ait été un reflet idéologique du parti de Mélenchon avec lequel ils ont pourtant cyniquement partagé. 

Le parti de Gilles Simeoni n’était pas un parti de radicaux, d'extrémistes ou de provocateurs, c’était tout au contraire un centre large et mou, composé de “gens raisonnables” aux ambitions technocratiques mais aussi animé par une sincère conviction et une sensibilité humaniste loin des débordements habituels de La France insoumise. 

Même sur la question du conflit israélo-palestinien, sur lequel les régionalistes européens sont d’habitude en accord avec les excès insoumis, les natios au pouvoir eux savent mesurer le philosémitisme traditionnel de l’île, et le droit d’Israël à exister, avec une solidarité affichée et humaniste envers les Gazaouis dans cette guerre, en séparant entièrement population et Hamas, dans un équilibre rare en ces temps d’histérisations.

L'amendement 111, que les Natios ont accepté pour faire passer la loi, et cela même en se rapprochant de LFI, aurait fait des Corses une communauté élastique, communauté qui grandit chaque été et rétrécit chaque hiver, communauté qui disparaîtrait même si un jour par je ne sais quelle maléfice le Monte Lazzu entrait en éruption et forçait l'île à être évacuée, rendant le nombre de Corses à 0. 

Compromission avec LFI d’autant plus honteuse que le leader Maximo du Parti Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais caché sa haine des cultures et pouvoirs régionaux, a annoncé en grande pompe son projet de refonte des régions, encore plus catastrophique que celui de 2015 autour d’éco-régions gigantesques dans lesquelles les identités, les particularismes, les terroirs disparaissent au profit d’un arbitraire administratif qui ferait passer la région « Grand Est » pour un modèle d’organisation locale historique. 

Pas de place pour “les provinces de l'ancien régime” comme il l'eût dit lors des réformes de 2015 pour la Nouvelle France. 

Sûrement que Gilles Simeoni, au moment de bâtir ses ponts, oublia ce passif antirégional, ancien et assumé, de chez LFI et Mélenchon. Se battre pour la Corse c’est aussi se battre pour les amis des outre-mer des Antilles, du Pacifique ou de l’océan Indien mais aussi se battre pour les Occitans, les Basques, les Bretons, les Savoyards, les Alsaciens, les Vendéens, les Ch'tis, les Lorrains, les Normands, les Flamands et Catalans français etc. et, en cela, s’allier avec LFI, qui, elle, s’est alliée avec un projet d’hostilité assumée aux régionalismes, qui dans la réforme d’inspiration centralisatrice de 2012 osait se plaindre que « Hollande ressuscite le duché de Normandie et redonne vie au féodalisme » là où il fallait se plaindre de l’absorption des régions dans des entités sans substance, faisait disparaître l’Alsace, l’Auvergne et tant d’autres etc. sur la carte administrative de la France. 

Ce processus d’autonomie, via l'amendement 111, montre bien que de chez LFI il n’y a pas d’amour pour de telles idées, seulement une façon de tirer leur épingle du jeu d’alliances locales. 

Et si Femu s’est ensuite opposé à cet amendement 111 de LFI c’est bien eux qui ont permis par leur propre jeu d’alliance de le faire émerger.

Il ne faut pas pourtant espérer que le terrassement sénatorial de cet échec mette fin à toute prétention d’une vraie autonomie, que les Corses attendent peut-être depuis bien avant 1973 et Aléria, mais peut-être depuis 1789 et le retour de Paoli à Paris, ou 1769 et Ponte Novu.

À chaque fois que dans notre cadre républicain actuel, cadre que les Corses de la diaspora ont sans cesse enrichi dans les fondements de la Ve République, le processus légitime d’autonomie fut compromis en 2003 car n’ayant pas réuni l’enthousiasme nécessaire, ce n’était pas une vraie autonomie mais un gadget administratif, celle de 2026 car saboté par l’assemblée, achevé par le Sénat, vidé de sens par les Natios.

Car la Corse a bien besoin d’autonomie, un besoin urgent, j’ajouterais. Le centralisme jacobin parisien ne suffit pas pour apprécier les conditions socio-économiques particulières à une île méditerranéenne et encore moins pour affronter les défis culturels, au combien importants pour l’avenir de la communauté, propre non pas à l'ensemble des Français mais bien à la fraction corse de la France qui ignore ou caricature parfois ses compatriotes insulaires. 

Sans invoquer d’éventuelles hostilités fantasmées ou réelles des deux côtés de la Méditerranée, il est vrai que la condition d’île et la culture insulaire particulière qui persiste, malgré une érosion toujours plus importante, et que la Corse a des besoins d’organisation et politiques très différents justifiant et appelant une telle autonomie.


Car la Corse, en ce XXIe siècle, fait face à de grands nombres de  défis, qui coexistent avec le reste de l’Europe et de la planète mais qui sont rendus plus urgents ou plus particuliers du fait de la situation géographique rendant nécessaire de faire face à ces défis via une approche purement locale.

Ainsi, si quasi tous les pays développés, d'Amérique, d’Europe et d’Asie, connaissent une grave crise du logement qui en Corse est exacerbée par l'héliotropisme et par la République « Une et Indivisible » des retraités héliotropes, chassant les jeunes mais faisant venir les retraités. 

Si, contrairement au cliché, la Corse est une terre riche en entreprises, remplie de solidarité intergénérationnelle, et finalement bien moins assistée que ne le disent les racistes anti-Corse et les jacobins radicaux, il y a des problèmes économiques qui persistent et qui impactent non pas tant la croissance, mais la capacité des jeune corses à rester corses en Corse, sur la terre de leurs ancêtres. 

Les questions éducatives et culturellesles, combien importantes pour la survie d’un peuple et d’une tradition enracinée dans leur territoire, sont aussi une des raisons majeures appelant à une autonomie étendue pour la Corse, montrant que le système jacobin ne marche pas.

Ainsi à l’été 2026 on a pu assister, par une délibération du Conseil des ministres, au limogeage d’un recteur de l’académie de la Corse, populaire, engagé pour le bilinguisme, pour la transmission du patrimoine culturel, pour l’école rurale, pour ce qui touche aux préoccupations éducatives et culturelles des Corses, au profit d’une rectrice continentale, contre l’avis et la volonté de la population et de l’opinion publique corse, et dont le profil très parisien indique qu’elle correspond sûrement plus aux préoccupations de la classe dominante parisienne centriste et socialiste qu’aux désirs et volontés des Corses d’une politique complète de langue et bilinguisme.

L’affaire des Croix comme à Quasquara, par exemple, ou de façon plus spectaculaire l’affaire des deux saisonniers qui ne savaient pas que la Sainte Vierge est reine de la Corse même chez les athées, montre bien qu'il y a une inadéquation profonde entre les lois jacobines républicaines et les aspirations, l’histoire et les ambitions des Corses (que le texte alors proposé n’aurait pas pu régler bien au contraire du fait de certains amendements qui ont été ajoutés) car touchant non pas à l'institution mais à l'esprit qui anime celle-ci, parlant de symboles et de laïcité plus que d’attribution  de pouvoirs réglementaires régionaux comme le voulait le projet Beauvau. 

Les contre-projets n’étaient pas mieux, tout aussi vides mais sans l’injure de l’amendement 2001 et d’une compromission entre les héritiers de l’île des justes et la gauche du nouvel antisémitisme.

Le contre-projet qui avait fait le plus parler, celui de l’union entre le Rassemblement national (populaire aux élections nationales en Corse mais jacobin et en quête d’une implantation après leurs candidatures catastrophiques des dernières législatives) et du parti nationaliste de droite, Palatinu, ainsi avait fait polémique car ne prévoyant finalement aucune mesure d’autonomie concrète et peut être même des reculs institutionnels (et avait aussi fait parler de lui pour une idée qui aurait pu être bonne si pas menée de façon complètement idiote, probablement soufflée par l’aile Palatinu, attaché à une autonomie bien plus étendue et enracinée que celle du RN parlant même d’État-région, de cette alliance qui était celle du rétablissement institutionnel des pièves, qui avait provoqué des ricanements bobos par un député PS qui disait très doctement « ils veulent ressusciter des vieilles paroisses du XVIIe siècle, je raconterai ça à mes élèves » ignorant tout du profond attachement de tous les Corses à leurs pièves, y compris chez les natios siméonistes dont beaucoup ont recréé au niveau de l’intercomunalité les vieilles pièves paolines, sauf que les « pièves » de l’amendement RN n’étaient pas les vraies pièves mais un projet déguisé de rétablir deux départements en une « piève » sud et une nord, alors même que le nord et le sud auraient plutôt été qualifiés de Terre de la Commune et de Terre des Seigneurs et les pièves étant des petites divisions administratives). 

La droite insulaire elle, captieuse, avait apporté un soutien critique, parfois refusant le texte à l’Assemblée nationale, pour tout un tas de raisons pas hostiles à l’idée mais à son exécution avec le député de Balagne François-Xavier Ceccoli, parfois en soutenant avec un recul critique mais un soutien législatif comme le député du pays ajaccien Laurent Marcangeli, chef des députés Horizons à l’Assemblée, d’autres de cette droite insulaire classique (bonapartiste et “RPR") comme ses représentants au Sénat qui ont refusé dès le début le processus de Beauvau, estimant même que c’était un projet non pas de sérieux institutionnel mais uniquement un projet d’ego de Gilles Simeoni, venant couronner son parcours politique au sein de l'île et venant associer le nom de son père, pionnier de la lutte pour l’autonomie, à ce symbole qui aurait été de dire, qu’importe le contenu « La Corse est autonome ». 

Les sénateurs LR de Corse ayant d’ailleurs une position parfois plus autonomiste que les autonomistes rappelant que l’idée d’autonomie est avant tout une reconnaissance de l’identité des Corses et un processus pour donner de vrais pouvoirs à cette communauté d’agir pour elle, ce que la défunte loi ne faisait pas. 

Ainsi le sénateur LR de Corse du Sud Jean-Jacques Panunzi fut chargé de prononcer l’acte de défaite a dit : « L’État ne peut durablement accepter que la norme qu’il édicte empêche l’action. Les dispositions législatives s’avèrent inefficaces à la Corse », « l’autonomie n’est pas un sujet en Corse, du moins son principe. La Corse n'a pas seulement besoin qu'on lui reconnaisse sa spécificité mais que cette reconnaissance augmente sa capacité réelle d'agir, de transmettre, de challenge l’insularité ». Ce dernier favorable à l’autonomie dans sa version sénatoriale (et non celle de l’Assemblée » défend néanmoins une autonomie dans un cadre plus encadré par l’État, coinçant par là  avec son cosénateur autonomiste de Haute Corse.

Le représentant autonomiste au Sénat lui, moins sur les détails du texte, a pu dénoncer surtout un abandon législatif, des manœuvres politiciennes contre un texte attendu et c’est ce même sénateur Parigi qui annonça le retrait des nationalistes du processus, retrait juste compte tenu du détricotage, mais dont tout l’objet de cet article est de comprendre que le détricotage n’a pas commencé au Sénat et le fait que ce soit LR le coupable est peut-être ce qui permet aux nationalistes de sortir de cette situation qui au fond ne leur convenait peut-être pas mais dont ils avaient contribué à installer.

Les indépendantistes, qui ont rompu avec Femu depuis longtemps, eux, furent très critiques, chez les indépendantistes démocrates, l’idée de « communauté insulaire » niant le peuple Corse par ce choix de mots pesé en comité, constituait une insulte envers le peuple Corse. 

Et ainsi, les indépendantistes clandestins, ceux de la lutte armée qui n’a pas encore repris, prolongent cette critique encore plus loin dénonçant l’ensemble du processus comme une mascarade et proclamant que le peuple Corse ne : «se laissera assimiler jamais ni dans une communauté de destin, ni une communauté insulaire » renvoyant ainsi la proposition simeonisto-macronienne de communauté insulaire, au cœur même du projet, vidée de sens par Coquerelle, avec le concept politico philosophique de « communauté de destin » porté par ces mêmes siméonistes pour, en partant de l’ancestrale sens de l’hospitalité et de l’accueil des Corses, tiré vers une idée de multiculturalisme nustrale dénoncé autant par les autres partis nationalistes que par la droite insulaire, depuis l’émergence du palatinisme en opposition frontale contre ce concept au point d’en faire sa priorité politique numéro 1 (alors le mouvement est né comme un conservatisme, un conservatisme libéral, identitaire au sens du mouvement nationaliste renouant ainsi en partie avec un héritage politique du début du Riacquistu, et du début du nationalisme) au point qu’ils se sont alliés, dans une plateforme très resserrée avec le, en rien nationaliste corse, Rassemblement national (bien que ce dernier entre dans une nouvelle ère, loin de la gestion critique de François Filoni, vers le plus ouvertement corsiste Christophe Versini) espérant, par là, peser sur la politique de Marine Le Pen, à laquelle ils ont déjà réussi à faire changer au moins les mots de son discours si ce n’est le contenu de ses mots sur la Corse et sa place institutionnelle et culturelle; finalement de façon un peu semblable à Gilles Simeoni, vis-à-vis de Macron, puis de Mélenchon comme quoi il est difficile de relever ce qui relève de l’alliance contre-intuitive pour suivre des intérêts communs ou une compromission politique. 

La question de la communauté, ainsi, tant légalement que philosophiquement, est au cœur de la question Corse et au cœur de toute velléité à l'autonomie, car c’est en définissant cette communauté que l’on peut agir vis-à-vis d’elle, surtout sur les questions brûlantes et urgentes du logement, des emplois, de la démographie, de la langue, de la protection de l’environnement etc

Il ne faut pas une loi sur une insularité mais bien une autonomie du peuple, par le peuple pour le peuple.

C’est bien cette notion qui a fait ou non la valeur du texte, et cette notion qui a fait et défait les soutiens au processus tant dans la classe politique insulaire qu’à l'Assemblée puis au Sénat où le processus trouva sa belle mort, au nom d’une conception peut-être trop jacobine de l’identité française :  « on est juste français unis par les lois de la République, aucun territoire, aucune communauté n’existe en dehors de notre République une et indivisible ».

Une magnifique autonomie, dans un cadre républicain et constitutionnel, existe dans les territoires du Pacifique, bien plus souvent pour le meilleur que pour le pire, où amour de la France et amour de l’identité ancestrale ne se contredisent ni ne s’annulent et où l’identité et le pouvoir institutionnel vont de pair dans un giron français ; Pourquoi les Corses ne pourraient pas avoir ce que nos amis polynésiens ont et savent faire fructifier ?  C’était d’ailleurs le modèle que prônait Femu initialement, avant que le jeu politique ne transforme l’autonomie en simulacre d’autonomie. 

La question demeure : comment se définir, comment nous écrire nous-mêmes dans une loi future qui nous donnerait les armes pour écrire notre destin ?

Sommes-nous des Français unis et indivisibles comme les autres où tout Français peut nous rejoindre sur notre territoire et s’installer ? Sommes-nous une communauté insulaire dont notre différence tient quasi uniquement au fait que nous devons prendre l’avion ou le bateau pour rejoindre Paris ? faisant qu'en prenant ces transports nous rejoignons ou non une telle communauté insulaire? Sommes-nous une communauté de destin, unie non pas dans des caractéristiques fixes mais dans ce que l’on veut pour demain ensemble, dans une union non pas d’identité ou de valeurs ? 

Sommes-nous au contraire un vieux peuple avec une vieille langue, sur un vieux morceau de montagne qui il y a plusieurs éons s’est détaché de la terre pour s’établir en mer, qui a ses rêves aussi anciens que ses chants, qui peut toujours accueillir ceux qui l’aiment et qui viennent d’ailleurs, ou même partir à l'aventure sur d’autres rives, mais être toujours liés les uns aux autres par l’héritage reçu ? 

Ces questions sont celles auxquelles il nous faudra répondre pour tenter une nouvelle fois d’avoir notre autonomie espérée et attendue, une autonomie qui ne soit pas un symbole mais une arme pour nous définir, pour agir pour régler les nombreux problèmes qui se dressent face à nous mais que nous devons résoudre ensemble, une autonomie qui ne soit pas un texte mais une loi d’airain avec du sens qu’aucun élu insoumis ne pourrait dénaturer au Parlement.

Les régionales qui vont faire suite à une présidentielle et à des législatives survoltées, ainsi ne seront pas celles seulement d’un après-Beauvau, mais seront aussi des élections à l’issue desquelles les futurs conseillers de l’Assemblée territoriale devront être autant philosophes que pragmatiques gestionnaires


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