Critique de "Malcolm Life is still Unfair"


La vie est toujours injuste : non seulement Hollywood est maintenant incapable d’originalité, mais en plus cette industrie démoniaque prendra chacune des choses que vous aviez aimées par le passé chez elle et en fera un reboot, un remake ou une suite atroce.

Malcolm, sitcom culte des années 2000, ne pouvait évidemment faire exception à cette règle.

Par souci d’égalité et de justice, commençons par énumérer les quelques points positifs.

Ainsi, Bryan Cranston, reprenant son rôle de Hal, son meilleur, à mon humble avis, après un début un peu lent, parvient d’une main de maître et en dépit du poids de l’âge, à retrouver toute la physicalité de son jeu et tout le brio de ses clowneries incomparables qui en ont fait un personnage aussi culte pour des millions de familles en France comme aux États-Unis.

De même, Reese, Francis et Piama sont toujours les mêmes ; pour le peu de temps de leur apparition, cela faisait plaisir de les voir avec une telle facilité retourner dans leurs rôles respectifs.

Quelques gags fonctionnent bien, surtout ceux de l’épisode 3. Si aucun n’atteint ceux de la série originale, il faut souligner qu’il y a quelques rires qui peuvent s’échapper pendant ce reboot pour le reste ronflant. Peu, mais ils sont bien là.

Enfin, c’était sympa de revoir plusieurs des personnages secondaires comme Gretchen ou Ritchie, ce qui ne manquera pas de faire plaisir à la cohorte de fans biberonnés à la rediffusion pluriséculaire de Malcolm sur M6, W9 et Gulli.

Les séquences au cours desquelles Hal déclare son amour à Lois sont tout à fait dans l’esprit et le ton de l’original.

De même, les hommages aux personnages des membres du cast qui nous ont quittés étaient vraiment appréciables, hommages qui, d’une façon ou d’une autre, dans le générique, auraient pu être étendus en VF aux regrettés Marion Game et Jean-Louis Fort, qui ont, en français, magnifié de leur voix les interprétations de Bryan Cranston et Jane Kaczmarek et qui ont contribué à faire de la France la nation la plus obsédée par cette sitcom de la planète entière. D’ailleurs, il est étonnant que la nouvelle VF de Lois, dans le premier épisode, reprenne un peu de l’interprétation iconique de Marion Game, mais, au fur et à mesure, elle abandonne cette voix pour une qui lui est propre, ce qui peut se concevoir du point de vue artistique, mais qui est déroutant à regarder, bien que l’on finisse par s’y faire. Néanmoins, celle-ci, sauf erreur de ma part, n’a jamais prononcé la catchphrase culte de la mère de Malcolm : “Non mais je rêve !”

De nombreuses idées auraient pu être drôles, mais sont sous-exploitées, comme l’obsession de Malcolm sur l’éducation et sur le fait de trouver les solutions en adéquation avec la psyché des adolescentes de la famille.

De plus, tout l’arc de Lois sur l’organisation du grand final qu’est l’anniversaire aurait pu être réussi s’il avait été mieux exploité.

Et même si le concept est mauvais, l’idée de Malcolm cachant sa famille aurait pu aboutir, si elle avait été bien faite, à de bons moments de découverte de ladite famille par sa fille.

Maintenant, passons aux choses négatives. Elles sont plus nombreuses.

Avant toute chose, là où la série originale était plutôt intelligente dans sa mise en scène et sa narration visuelle, utilisant tout le potentiel du format single camera, multipliant les grands angles, le travelling dynamique et les effets de montage, ici, tout est archiplat, la photo est nulle, pas besoin d’en dire plus, digne d’un téléfilm de Noël, et toute la mise en scène est ultra-plate. Aucun plan ne consiste en autre chose que deux personnages plantés qui parlent. Le rythme, en dépit du fait que ce ne soient que 4 épisodes de 27 minutes, est horriblement lent et ne ressemble en rien à la rafale effrénée de blagues que l’on trouvait durant chacun des épisodes des 6 saisons de Malcolm. Et cela traduit un des problèmes majeurs de la série actuelle : il n’y a quasiment pas, à part peut-être un gag de Reese, une once de l’esprit punk/je-m’en-foutiste années 2000 de l’original. C’est rempli de scènes mélodramatiques merdiques, là où la série originale était toujours méchante, sardonique et dans l’humour permanent.

Tout est ainsi, en termes techniques purs et dans le ton donné à l’image de la nouvelle décoration de la maison culte de la série : gris millennial, sans âme et sans passion.

Le chaos qui est au cœur de Malcolm, et qui est pourtant vendu dans la campagne marketing, jusqu’au “récap” de début de saison, est complètement absent. En revanche, vous trouverez plein de mélodrames niais à ras bord, là où pas une seule seconde de la série originale ne montre une once de sérieux sentimental concernant la vie de ses protagonistes.

Le concept qui lance l’intrigue : celui de Malcolm cachant sa famille, en plus de n’avoir aucun sens, est mauvais et établit une dynamique peu divertissante dans l’intrigue.

Déjà, cela contredit la perspicacité légendaire de Lois, cela fait aussi de Malcolm un égoïste encore plus grand qu’il ne l’est, et cela efface toute l’idée du dernier épisode de la série originelle, qui est que Malcolm a compris que ses parents ne sont pas mauvais et sont plutôt de bons parents. (Sur une tangente, pourquoi Malcolm travaille-t-il dans le business caritatif ? Il était attiré par les sciences et souhaitait faire de la biologie nucléaire à Harvard, et il est mentionné qu’il a un doctorat ; cela n’a aucun sens. Pour donner l’impression que ce scénario n’est pas une relique oubliée de 2020 mais bien une actualisation, ils auraient dû le faire travailler dans l’IA, peut-être. Rien à voir avec sa biologie moléculaire, mais ça fait tout de suite plus Malcolm. Malcolm est un matheux, ce sont ses autres frères qui sont plus business).

De même, l’idée de la mère inconnue de la fille de Malcolm ne fonctionne pas. Ce n’est même pas drôle, c’est juste de la faiblesse d’écriture pour introduire un nouveau personnage, celui de la petite amie, qui, en plus de ne rien apporter, est vraiment plat. De plus, le choix, contre la volonté des fans, de ne pas l’avoir fait se marier avec Cynthia nous prive de la seule représentation corse que l’on a à Hollywood.

Quant à la fille de Malcolm, c’est de loin la pire addition à la famille et à la série originale. Ses passages au lycée nous font penser à du Disney Channel, elle n’a aucun bon moment, sa rencontre avec la famille est expédiée et elle prend quasi tout le temps pour ses intrigues vues et revues et extrêmement mauvaises. Ses passages face caméra n’apportent rien ; tout l’intérêt des regards caméra de Malcolm, c’est que Malcolm est mégalo, cynique, dans le jugement constant, égoïste et, malgré son intelligence, vraiment bête, ce qui les rendait agaçants. Ici, sa fille, sans personnalité originale autre que celle de la fille première de la classe qui n’arrive pas à se faire des amis, n’apporte rien dans ses monologues.

Ce scénario de la famille cachée permet de faire que Malcolm n’interagit avec sa famille et ses frères que dans le dernier épisode de la série. Tout son temps est passé chez lui à essayer de reconquérir son ectoplasme de petite amie ou à parler des problèmes intéressants du lycée de sa fille.

Il est difficile d’expliquer en quoi c’est une mauvaise idée d’avoir fait que Malcolm ait caché sa fille à sa famille. C’est incohérent à l’extrême et cela marque d’un mauvais rythme les 4 épisodes. Ce qu’on attendait depuis des années, la réunion de Malcolm et de sa famille, est retardé et dilué dans des intrigues secondaires qui semblent n’aboutir à rien.

La fin où tout le monde se retrouve couvert de confettis (nous offrant le gênant et cliché vomissement arc-en-ciel cher à l’humour d’une partie des créatifs millennials) est ratée et fait vraiment forcé. Même l’effet spécial de la pluie de confettis multicolore est plutôt faible ; en témoignent la répétition de la boucle d’effet et la non-adéquation de vitesse avec le ralenti.

La danse finale était aussi plutôt gênante et inappropriée avec l’esprit de la série originale.

(Autre point négatif, il y a la disparition quasi complète de la musique de fond, qui pourtant participe à l’ambiance inimitable de Malcolm, et les très rares moments avec de la musique sont mal caractérisés. Ainsi, Hal et Lois dansent sur Eternal Flame alors que c’est un couple des années 70 dont l’amour de Hal pour le Yacht Rock et le Prog Rock n’est plus à prouver, et dont les instants charnels sont toujours marqués par des classiques de la soul de cette époque et non par The Bangles. La musique était une partie peu discutée hors du générique, mais importante de la série originale et, là, son absence montre bien le peu de recherche qu’ont fait les je-ne-sais-qui qui ont bâclé cette suite.)

Dewey et Jamie sont complètement absents. Le recasting de Dewey, qui prenait 90 % des discussions sur la série en amont (les 10 % restants étaient sur le casting d’une actrice non binaire pour bien sûr alimenter la guerre culturelle), n’a servi à rien, car toutes ses scènes ont été pensées pour le voir un minimum et seulement à travers un ordinateur. Erik Per Sullivan a eu bien raison de ne pas revenir, même si Dewey est probablement le personnage le plus apprécié de la série.

Malcolm n’est pas le personnage principal. Ses parents et ses frères sont tous sur le devant d’un épisode à l’autre ; ici, ils sont traités en tant que personnages mineurs d’arrière-plan. Reese a un très, très maigre B-plot qui ne sert qu’à montrer que la non-binaire fait partie de la dynamique de la famille (mal), et Francis a à peine plus. Jamie, qui est devenu un garde-côte musclé qui, lui, vote très certainement pour le GOP, est à peine plus qu’un caméo, idem pour Dewey.

Le traitement de Reese est lamentable, car rien n’est construit autour de lui. Il est à peine une version plus gentille de ce qu’il était ado et vit toujours chez ses parents. Ses talents de cuisinier sont aussi mis au placard.

Ici, il ne fait que fuir sa famille et se battre avec Kelly de temps en temps (2 petites scènes max), permettant par là aux scénaristes feignants de ne pas avoir à imaginer sa dynamique d’adulte avec Malcolm, ni comment un personnage aussi déjanté que lui, qui représentait la brute de cour de récréation dans les années 2000, a évolué à un âge plus mûr que celui de l’adolescence où on l’a laissé avant la fin de la série.

Idem pour Hal, qui, à cause de la même histoire absurde que Vic, est laissé en “état de choc” quasi toute la série, mis à part un passage où il expérimente avec des psychédéliques (j’ai beaucoup aimé l’apparition du bodhisattva, dommage que la blague fût autant étirée) et la fin. Ce qui était dommage, car l’arrivée de la famille de Malcolm nécessitait de voir comment le père excentrique devient le grand-père excentrique pour lequel il était fait (idem, l’annonce de l’arrivée d’un bébé pour Francis et Piama est complètement mise de côté).

Il en va de même pour Lois, complètement sous-exploitée. On nous annonce une liste de priorités sur laquelle elle ne fait rien, à part organiser l’anniversaire de mariage.

Seule la fille de Malcolm, finalement, et un peu Malcolm, ont le droit à un temps d’écran décent. Le problème est qu’on a allumé la TV pour toute la famille.

Le manque de caractérisation, le manque de l’ambiance originale, même le choix de musique font que, quand bien même — et je ne sais pas, je ne suis pas allé voir pour ne pas être déçu — les scénaristes seraient toujours les mêmes, aucun effort n’a été fait pour ne pas ressembler à une énième sitcom single camera modern made in Disney avec des noms de personnages de Malcolm. Aucune passion pour cette série dont l’originale, pourtant, est au fond du cœur de millions de spectateurs.

Si la campagne marketing et les affiches se font autour de Malcolm, Francis, Reese et Dewey (alors même qu’il est à peine là !), c’est bien aux nouveaux personnages, au détriment des frères, qu’est consacrée la moitié de l’intrigue de ces faméliques quatre épisodes.

Si vous êtes nostalgique, ainsi, n’attendez pas de revoir le rythme chaotique et effréné de la série de votre enfance. Ici, le rythme est lent sans offrir pour autant de l’approfondissement (au contraire, la densité humoristique est beaucoup, beaucoup plus faible) et tout est beaucoup plus sentimental. Aussi, n’attendez donc pas de revoir vos personnages tous ensemble : vous les verrez peu et ils feront peu de choses intéressantes, ou même juste des choses ensemble.

Il reste alors les trois nouveaux personnages féminins introduits, tous plus inutiles les uns que les autres : la petite amie de Malcolm, la fille de Malcolm et la sœur non binaire de Malcolm.

Comme nous l’avons vu précédemment, on suit à plusieurs moments les péripéties de Léa, la fille de Malcolm, qui va au lycée. On nous l’a présentée comme étant exactement comme son père, mais elle est infiniment moins cynique et caractérisée. Son intrigue tourne autour de deux choses : se faire des amis au lycée et sa relation avec un garçon de son école qui se montrera très irrespectueux.

Cette intrigue, encore une fois, est déconnectée stylistiquement et totalement du reste de la série et, si cela est fait pour préparer un spin-off sur Léa, cela ne semble pas augurer d’une série originale, surtout que ses interactions avec le casting principal sont très, très limitées. Cette déconnexion stylistique réaffirme l’idée que cette série était un pilote pour un spin-off sur le personnage, mais, dans ce cas, tout reste à retravailler drastiquement.

La copine de Malcolm, Tristan, quant à elle, n’apporte même pas de l’ennui comme la fille. Le personnage était tellement vide que j’ai failli l’oublier et qu’il m’a fallu un deuxième visionnage pour en reparler. J’avais même déjà oublié que Malcolm l’avait demandée en mariage. Je n’ai rien de vraiment négatif à dire sur elle, mis à part que les scénaristes auraient pu lui donner un tout petit peu d’excentricité propre à la série et pas juste en faire une figure stock. Sa rencontre avec Léa est très clichée et typique de l’écriture dont les réseaux sociaux se moquaient en la qualifiant de “Quick chungus”. Peut-être que si la série ne faisait pas que 4 tout petits épisodes, ce personnage aurait pu briller, mais malheureusement on ne le saura jamais. La brièveté de cette série, en dépit de sa nullité, ne joue pas en sa faveur et, ainsi, peut-être qu’avec une durée classique de saison de télévision, Léa, Tristan et Kelly auraient pu devenir des personnages intéressants.

Enfin, il faut parler de Kelly, le dernier enfant de Lois et Hal.

Kelly, la sœur non binaire de Malcolm, est l’enfant de Lois et Hal qui a grandi depuis et est présentée dans le marketing de la série comme “la voix de la raison de la famille”, bien que la réalité soit que non, elle ne l’est pas, car elle a une capacité de vengeance poussée comme ses frères, et celle-ci se définit comme une “méchante balance”. Il en ressort un personnage très agressif et arrogant, mais qui ne reçoit quasi aucun retour négatif à son comportement. Le type d’écriture de Kelly est malheureusement typique de beaucoup de personnages des années 2010-2020 qui entendent peut-être compenser une faiblesse récente, dans les générations précédentes, des personnages féminins ou issus de minorités en leur donnant une personnalité trop désagréable, ce qui rend, nous le verrons, son discours final encore moins mérité et encore plus irritant qu’il ne l’était déjà en concept.

Son existence n’est pas en soi le problème, en soi c’est juste un personnage mal écrit. Le problème tient plutôt au fait qu’elle est le symbole de la transformation d’une série caractérisée par son aspect punk en série plate et moralisatrice, surtout que la non-binarité est quelque chose de très divisif et que le fait de la présenter de cette façon, particulièrement en France, en utilisant “iel”, sort de l’aspect bon enfant d’une série nostalgique pour pousser un aspect très californien de guerre culturelle que cette série n’avait pas besoin d’avoir en plus pour être déjà médiocre.

Avec plus d’épisodes et avec le moment le plus moralisateur en moins, Kelly aurait presque pu fonctionner. Mais les scénaristes en ont décidé autrement en supprimant les moments de retrouvailles entre frères au profit d’un discours allant à l’opposé du ton et de la nature de la série jusque-là.

Malcolm n’a jamais été une série militante, ni une satire dénonciatrice. Tous les archétypes de la société américaine étaient moqués, mais la famille, elle, était présentée comme un noyau solide en dépit des difficultés, où l’on peut, sous le regard bienveillant de parents parfois stricts, faire preuve d’une excentricité que le reste de la société refusait, se perdant dans des accès de neuroticisme qui étaient aussi hilarants que non partisans dans leur représentation de l’Amérique de la génération Jackass.

On peut même parler de pauvreté d’un point de vue conservateur humaniste : Capra en est l’exemple au cinéma.

Malcolm in the Middle, la série originale, comme son nom l’indique, est un hommage à la middle America, et ce jusqu’aux péripéties de Francis, hors de la version d’America B par défaut que représentait le coin sans nom où habitait la famille, et qui rendait hommage aux trois États deep red que sont l’Alabama, l’Alaska et le Texas, tous trois présentés de façon tendre et moqueuse avec un grand nombre de leurs caractéristiques culturelles propres.

Des ranchers texans aux pioneers alaskiens, en passant par la tradition des écoles militaires.

C’était une série à l’univers déjanté, pas à la dénonciation ardente.

Les conditions matérielles montrées étaient celles d’Américains moyens, celles des années 2000 pour lesquelles tant les démocrates que les républicains voulaient se battre. Ce n’était ni les revendications d’Occupy Wall Street ni du Tea Party ; c’était simplement montrer un regard actualisé et un peu punk sur la classe moyenne post-industrielle du suburb en déclin.

Ainsi, comme attendu, comme presque toutes les “legacy sequels” et autres reboots, la série est, comme on pouvait s’y attendre, vraiment médiocre, dans sa plastique, dans sa technique, dans son ambition (en plus du wokisme saupoudrant légèrement la série). Comme l’a si bien dit Dewey : “Je m’attendais à rien, mais je suis quand même déçu.”




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